« Que 2019 soit une année de bonnes révolutions! »

Mes vœux pour 2019

« Comme le veut la tradition, j’aurais aimé pouvoir vous souhaiter à toutes et tous une excellente année 2019. C’était sans compter sur le fait que je sois allée au festival cinéma et droit de l’Homme à Lavelanet, où était projeté le documentaire « Viaje a los pueblos fumigados ». Tourné en Argentine, il présente les conséquences dramatiques de choix économiques qui impactent à la fois l’environnement et la santé. Des décideurs argentins en lien avec des multinationales ont fait le choix de la culture du soja transgénique à grande échelle, cette monoculture induit une déforestation sans précédent qui conduit à l’agonie des populations locales qui subissent de plein fouet les épandages aériens de pesticides contenant du glyphosate directement déversés sur les gens au dessus des villages et des écoles. Les études montrent que les populations contaminées par ces pesticides meurent de cancers et que des enfants naissent avec des malformations… Ceci doit nous amener à réfléchir à nos propres pratiques agricoles puisque les pesticides ont des impacts nocifs sur notre santé où que l’on vive. D’ailleurs les analyses réalisées par les membres de « campagne glyphosate » montrent, qu’y compris en Ariège, cette contamination touche tout le monde.

Ainsi, dans le contexte actuel de crise politique, sociale, économique et écologique que nous vivons, souhaiter le bonheur et la santé me semble désuet et inapproprié. L’unique espoir réside peut-être dans le fait que cette « crise » révèle quelque chose de salutaire. Du latin crisis, la crise est la « phase grave d’une maladie », qui met en évidence ce qui gangrène notre société et empêche ainsi de continuer comme si tout allait bien. Elle nous oblige à trouver ou inventer des remèdes. Sans prétendre les connaître et encore moins les imposer, je préfère encourager ce qui se fait déjà : je pense à ceux qui luttent pour défendre les services publics notamment les hôpitaux et les transports publics, vitaux pour les habitants de notre département ; ceux qui défendent l’intérêt général et le bien commun, comme le font par exemple les membres de l’association « campagne glyphosate ».

Mais souhaiter ne suffit plus. C’est vouloir qu’il nous faut et savoir garder cette détermination à « ne rien lâcher ». Plutôt que d’espérer la santé, je veux encourager les citoyens usagers à rejoindre les personnels soignants en lutte pour la défense de l’hôpital public et l’égalité d’accès aux soins dans un département en passe de devenir un désert médical. Je préfère rappeler que la santé ne doit pas devenir une marchandise mais doit rester un service public pour bénéficier à toutes et tous. Plutôt que d’attendre le bonheur comme une grâce, je vous souhaite de le provoquer ; comme disait Brel : « N’attendez rien, que de vous ». Je ne sais pas si le bonheur existe mais je sais comme vous ce qui plonge des familles entières dans le malheur et la détresse : des minimas sociaux en dessous du seuil de pauvreté, des salaires qui ne permettent plus de vivre dignement, une lutte que le gouvernement mène contre les chômeurs au lieu de s’en prendre au chômage, des lignes de trains supprimées alors qu’on nous vend une transition écologique qui se révèle aussi injuste qu’inefficace. Pour cette année je souhaite une réelle écologie et non pas une écologie de façade qui pénalise les plus fragiles aux profit des plus riches. Les sujets ne manquent pas et si je devais les énumérer nous y passerions au moins la nuit.

J’aimerais aussi vous faire part d’un courrier de l’association « le cercle des voisins » qui confirme le fait que la loi asile et immigration conduit le pays des droits de l’Homme à traiter de façon inhumaine certaines personnes réfugiées. C’est le cas de cette jeune femme de 19 ans brillante étudiante qui se rend à la gendarmerie pour déclarer la perte de son passeport et se retrouve transférée au centre de rétention de Cornebarrieu. Seule, loin de son lieu de vie, elle est menacée d’expulsion vers un pays où elle n’a pas vécu. Le juge des libertés a jugé cette arrestation déloyale et ordonné sa libération à 16h. La loi que nous avons combattue au parlement est malheureusement en application depuis le 2 janvier, elle prévoit que la personne doit rester à disposition du procureur
pendant 10h, sauf s’il réagit plus rapidement. Scrupuleusement respecté, ce délai les a conduit à libérer cette jeune femme à 2h du matin, au bord d’un route départementale de la zone aéroportuaire de Blagnac. Ce traitement montre la violence de notre République, celle dont on ne parle jamais.

Dans les médias on entend uniquement parler de la violence imputée aux manifestants. Mais la réalité est plus complexe comme le disait « Hélder Câmara : « Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés. La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première. La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres. Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

Je nous souhaite donc de rester debout et de conserver la flamme de lucidité qui s’est allumée en jaune fluorescent. Je me suis engagée à porter les paroles de gilets jaunes à l’Assemblée nationale, toutefois, porter une parole auprès d’un gouvernement sourd ne me semble pas suffisant, voire inefficace. Aussi, pour 2019, j’ai décidé d’agir davantage en Ariège, notamment en ouvrant des espaces de débats thématiques innovant en utilisant les méthodes de l’éducation populaire, comme ce fût le cas de la controverse organisée sur le thème du referendum d’initiative citoyenne à Foix. Inventer, tester, créer des espaces de paroles qui permettent non seulement l’horizontalité mais surtout qui promeuvent l’égalité des paroles individuelles tout en pariant sur l’intelligence collective pour tenter de changer ce monde.

Plus que des bonnes résolutions, que 2019 soit une année de bonnes révolutions. Seul un changement radical, loin des « vertus négatives » que sont le repli sur soi, l’indifférence, la peur de l’autre, la compétition, pourra nous permettre d’entrevoir des lendemains qui chantent. »

Les commentaires sont fermés.

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :