Quand allez vous mettre fin à l’escalade de la violence ?

Question Orale Sans Débat n°2 :

Le mardi 19 février 2019, lors des questions orales sans débat, j’interrogeais le ministre de l’intérieur sur les violences en rapport avec le mouvement des Gilets Jaunes.

En citant Helder Camara, j’attirais son attention sur la part de responsabilité du gouvernement dans le choix d’en réprimer les conséquences plutôt que d’en traiter les causes. Je n’ai pas eu le temps de rappeler que cette violence institutionnelle touche aussi les policiers (10 suicides au moins de janvier). En portant la parole de gilets jaunes d’Ariège (Cf. video « paroles de gilets jaunes: de quelle violence parle-t-on? » https://www.facebook.com/TaurineBenedicte/videos/2233120086929915/), il s’agissait non seulement de dénoncer les violences policières mais aussi de montrer combien la violence répressive devient illégitime lorsqu’elle s’abat sur des manifestants pacifistes et qu’elle laisse faire la violence matérielle pour mieux casser le mouvement.

La réponse apportée n’est rien de plus qu’un coup de pub pour leur « grand débat » tout en cherchant à m’ accuser de légitimer la violence! Dialogue de sourd ? Impossible remise en question ?

 

(lien facebook : Violences en rapport avec le mouvement des Gilets Jaunes)

Quand allez vous mettre fin à l’escalade de la violence ?

« Monsieur le ministre, ma question est en réalité celle de gilets jaunes d’Ariège que je me suis engagée à porter ici.

Vous et votre gouvernement ne cessez de dénoncer la violence des manifestations sans jamais vous demander d’où elle vient. Vous le savez, la violence est une escalade dans laquelle vous avez une part de responsabilité. Laissez-moi donc remettre les choses dans l’ordre en citant Helder Camara :

« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.

La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.

La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.

Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

Au lieu de traiter les causes de la violence, vous choisissez d’en réprimez les conséquences. Vous fustiger la violence à l’encontre de biens matériels pour mieux passer sous silence la violence de votre politique. Si certains brisent des vitrines de banque, votre politique, elle, brise des vies. Ces vies brisées, ne datent pas du mouvement des gilets jaunes qui n’est que la partie émergée de l’iceberg des violences quotidiennes subies dans un silence qui conduit parfois au suicide.

Les gilets jaunes sont bien plus violentés qu’ils ne sont violents. Violentés par une vie trop chère pour être vécue dont il me font part tous les jours :

– Violence subie par une retraitée qui ne survie plus avec ses 365 euros par mois.

– Violence qui s’exerce sur une mère de famille isolée qui peine à payer les études de sa fille aînée. Infirmière à temps plein, elle travaille de nuit pour gagner quelques euros de plus, ce qui l’oblige à mettre son fils de 11 ans en internat. 1700 euros par mois, dont 1250 de charges incompressibles qui l’obligent à faire du repassage. Elle aussi vous allez la criminaliser ?

– Violence qui s’abat sur un homme de 60 ans, ancien cadre bancaire au RSA, qui ne peut pas de remplir sa cuve à fioul. Violence qui redouble lorsqu’il ne peut pas assurer ses quelques heures d’intérim car il est dans l’incapacité de réparer sa voiture, et qu’en Ariège, M. Castaner, sans voiture on ne peut pas travailler. Alors quand depuis Paris, ils sont traités de « fainéants », que pensez-vous que cela produit ?

– Violence administrative du refus d’aides sociales qu’ils sont pourtant en droit de recevoir.

– Violence qu’il y a dans la honte que ressentent ces travailleurs à se tourner vers le secours populaire ou les resto du coeur, à vivre dans leur voiture car leur salaire ne leur permet pas de se loger.

Les gilets jaunes ne sont pas violents, mais violentés. Ils se définissent comme pacifistes et rejettent la violence. Vos forces de l’ordre tirent sur des manifestants qui ont les bras en l’air en signe de non-violence. Non seulement la violence de votre répression est injuste et injustifiée mais vos forces de l’ordre deviennent celles du désordre lorsqu’elles ne respectent plus la loi qu’elles sont censées faire appliquer. Dois-je vous rappeler, Monsieur le ministre, qu’il est illégal de d’éborgner les gens ? En mutilant des innocents pacifistes, vous poussez les gens à devenir violents.

L’État est censé avoir le monopole de la violence légitime mais vous êtes en train de succomber à une violence illégitime, comme le montre le rapport récent de L’ONU. Même vos forces de l’ordre s’en aperçoivent malgré la prime qui leur a été accordée. La légitimité ne s’achète pas, eux aussi le paye de leur vie : en janvier il y a eu 10 suicides de policiers !

Cela fait plus de 3 mois que vous réprimez dans le sang des pacifistes en laissant faire la violence matérielle pour mieux justifier la vôtre. Certains portent plainte contre vous. Ils déplorent la casse mais ils n’ont plus d’autre option car ils constatent avec regret que les manifestations ne suffisent pas à être entendus.

Quand allez-vous mettre fin à cette dérive autoritaire ? Quand allez-vous arrêter cette stratégie qui pousse à l’escalade de la violence ? Certes, la violence institutionnelle qu’ils subissent ne date pas d’hier et il serait injuste de vous rendre responsable de 40 ans de politique violente. Mais M. Macron a été élu en promettant qu’il allait inverser cette tendance alors que les faits ne montrent qu’une amplification, là est votre responsabilité.

Ma question est donc la suivante : quand allez vous abandonner cette stratégie délétère pour vous attaquer enfin aux causes et retirer vos forces du désordre de l’espace public ? Quand allez vous cessez cette hypocrisie ?

Leur question est on ne peut plus simple, Monsieur Castaner quand allez vous démissionner ? »

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